Panorama sensoriel des cépages emblématiques en monocépage
Colombard : la fraîcheur fait acte de foi
Vieux routier du vignoble gascon, le Colombard se distingue par son profil aromatique éclatant. Il fut longtemps relégué aux assemblages ou réservé à la distillation. Mais, travaillé en monocépage, il prend de l’élan : agrumes décochés, groseille blanche, un soupçon de pierre à fusil, un élan de fraîcheur rare.
- Domaine Chiroulet – Le Colombard (IGP Côtes de Gascogne) : minéralité tranchée, finale saline. Un des Colombards les plus cités par la presse spécialiste (RVF, 2022, Bettane+Desseauve).
- Domaine La Hitaire – Les Tours (Colombard 100%) : finesse d’attaque, bouche longue, finale sur le citron vert.
Anecdote : En 2020, le Colombard représentait près de 40 % de l’encépagement total des vins blancs du Gers, une vraie exception régionale (source : FranceAgriMer).
Gros Manseng : le soleil apprivoisé en blanc sec
La Gascogne doit au Gros Manseng une grande partie de ses blancs les plus solaires et lumineux. En monocépage, il balance un fruit généreux (coing, nectarine, ananas) à une acidité mordante, et se travaille aussi bien en sec qu’en moelleux léger. Contrairement à son cousin du Jurançon voisin, le style reste ici plus net, moins lourd, plus frais :
- Domaine Pellehaut – Harmonie de Manseng : nez éclatant, notes d’ananas rôti, bouche saline. Elu « Coup de Cœur » Guide Hachette 2023.
- Château de Millet – Gros Manseng Sec : acidité droite, finale florale, impression de pamplemousse très nette.
Le potentiel de garde, bien travaillé, approche ici les 5-7 ans, rareté dans la région pour les vins secs.
Petit Manseng : la dentelle, même en terres gasconnes
La poésie du Petit Manseng s’écrit partout où le raisin s’accroche au vent, mais il montre à Auch ou Condom des nuances souvent ignorées. Plus confidentiel que le Gros, il offre en monocépage des vins à la texture plus étoffée, miellée, structurée sur le sucre et l’acidité, loin des standards de masse.
- Domaine de Joÿ – Petit Manseng Sec : poire, miel d’acacia, structure complexe. Format idéal : 2 à 3 ans après vendange.
- Domaine Tariquet – Dernières Grives (moelleux) : référence régionale, registre d’abricot confit et de zestes d’orange. Souvent noté 90/100 par Wine Enthusiast.
Ugni Blanc : révélation au-delà de l’Armagnac
Au-delà de son rôle matriciel pour l’Armagnac, l’Ugni Blanc se faufile depuis une décennie dans des vins monocépages précis, vifs, à vocation gourmande :
- Domaine de Pellehaut – L’Escoubasso (Ugni Blanc pur) : sauvagerie végétale, tension minérale, bouche cristalline sur la pomme Granny.
- Cave de Plaimont – Ugni Blanc cuvée Les Remparts : notes de craie, herbes fraîches, zeste de citron.
| Cépage | Surface (ha, Gers 2022) | Part du monocépage régional |
| Colombard | 5200 | 38 % |
| Gros Manseng | 3100 | 32 % |
| Petit Manseng | 190 | 15 % |
| Ugni Blanc | 2400 | 21 % |
Source : Le Point Vin, chiffres IVGC 2022.
Len de l’El, Sauvignon, Chardonnay : la surprise des cépages secondaires
- Len de l’El (ou Loin de l’œil, très rare, moins de 50 ha dans le Gers) : Vin blanc à la bouche ample, à l’acidité discrète, arômes d’amande fraîche, notes de baies sauvages. Un véritable fantasme d’amateurs.
- Sauvignon : son style gascon est plus floral, moins exubérant qu’en Loire ; souvent vinifié seul, il séduit les marchés anglo-saxons par sa précision d’arômes.
- Chardonnay (emblématique du renouveau à la fin des années 1990) : en mono, il offre en Côtes de Gascogne un fruité croquant, pointe briochée, bouche plus verticale qu’en Languedoc.