Panorama des styles dominants : blanc, rouge, rosé, chaque couleur son cahier des charges
La suprématie des vins blancs d’assemblage
Avec 85% de la production des IGP Côtes de Gascogne dédiée aux vins blancs (source : Interprofession des Vins du Sud-Ouest, 2023), le Gers s’est imposé comme le grand terroir d’assemblage blanc à la française. Ici, la fraîcheur acidulée et la signature aromatique sont recherchées plus que la puissance. La palette y est singulière.
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Le mariage star : Colombard - Ugni blanc
Cette alliance règne en maître depuis les années 1980, profitant d’une conversion attendue du vignoble de l’Armagnac vers la production de blancs vifs et modernes. Colombard apporte la verve, ses arômes de pamplemousse et de fleurs blanches jaillissent, tandis que l’Ugni blanc assied le vin, offre volume, vivacité et un support acide apprécié. On compte environ 40% de Colombard et 35% d’Ugni blanc sur le parcellaire IGP aujourd’hui.
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Les intrus discrets mais décisifs : Sauvignon, Gros Manseng, Chardonnay
Depuis vingt ans, ces cépages musclent l’assemblage en doses homéopathiques. Le Sauvignon offre une tension herbacée, le Gros Manseng (emblème du Sud-Ouest) un fruit mûr et une légère sucrosité, parfait pour les moelleux ou pour adoucir un blanc sec tendu. Le Chardonnay, utilisé dans moins de 15 % des assemblages IGP, intervient pour la rondeur.
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L’assemblage sec et l’assemblage moelleux
En sec, le schéma Colombard/Ugni/Sauvignon domine largement ; en moelleux, le Gros Manseng (parfois associé au Petit Manseng) prend le dessus pour ses arômes confits et sa fraîcheur.
Le secret de ces assemblages gersois : une acidité franche, des arômes éclatants, une buvabilité qui a séduit l’Allemagne et la Hollande — ces pays achetant près de 60% du volume exporté (Les Echos, 2022).
Assemblages rouges : la diversité au cœur d’un renouveau
Si le blanc charme les foules, le rouge gersois dessine une promesse de caractère, dans l’ombre des ténors bordelais ou languedociens. Ici, l’assemblage est moins codifié mais hautement significatif, mêlant traditions gasconnes et inspirations du Sud-Ouest.
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Merlot, Tannat, Cabernet Franc, Cabernet Sauvignon
Ce quatuor compose le socle des AOP Saint Mont et Madiran (pour les parcelles gersoises), et des IGP Côtes de Gascogne. Le Merlot (35% des plantiers rouges), vinifie des tanins souples et une rondeur immédiate, tandis que le Tannat (cépage roi du Madiran) galvanise les assemblages, offrant structure et potentiel de garde. Les deux cabernets jouent à la fois le relai aromatique et la colonne vertébrale tannique, modulable selon les sols et les ambitions.
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Les autochtones reviennent par la petite porte
Pinenc (ou fer servadou), Abouriou, Manseng noir : ces cépages minoritaires, longtemps négligés au XXe siècle, réinvestissent les assemblages dans les cuvées singulières, souvent en AOP. Leurs rendements faibles mais expressifs permettent aux vignerons audacieux de proposer des profils inattendus, entre épices, violette et fraîcheur balsamique.
La part des rouges dans l’IGP est encore modeste (environ 10% de la production IGP selon le Comité Interprofessionnel des Vins du Gers), mais la diversité des styles étonne : des vins frais, fruités à boire jeunes, jusqu’aux cuvées élevées en fûts, plus sérieuses, taillées pour la garde.
Le rosé, fraîcheur printanière et liberté d’assemblage
Le rosé gersois, majoritaire en IGP, joue la carte de la gourmandise et du croquant, souvent issu de saignée, parfois de pressurage direct. L’assemblage suit la logique des rouges, Merlot et Cabernet dominant, parfois relevés par du Tannat ou de la Syrah pour colorer et charpenter, toujours avec une recherche d’aromatique éclatante : fraise, pêche, floral.