L’art du vigneron, gardien des cépages oubliés
Derrière le verre, l’humanité du vigneron est primordiale. Les cépages autochtones doivent souvent être apprivoisés : taille soignée, rendements maîtrisés, récoltes décalées, vinifications adaptées au potentiel - et aux faiblesses - de ces variétés parfois capricieuses.
Depuis vingt ans, nombre de régions européennes ont relancé des programmes de sauvegarde de cépages en voie d’oubli. Le Conservatoire des Cépages d’Occitanie dénombre près de 90 cépages rares multipliés et suivis, tandis que Slow Food promeut les variétés « sentinelles » disparues du commerce (Slow Food France). Ces démarches offrent au dégustateur la chance de renouer avec la vérité sensorielle du lieu.
On se souvient de cette anecdote, rapportée en 2015 par La Revue du Vin de France : un jury de sommeliers internationaux, face à un vieux Manseng Gros, crût d’abord avoir affaire à un Sauternes jamais goûté, tant l’identité aromatique du cépage défiait les canons établis. Ce vertige, cette impossibilité de fixer la mémoire du goût, font tout l’intérêt de la dégustation de cépages autochtones.