Ruptures du XXe siècle et éveil d’une conscience « nature »
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, rattrapé comme ailleurs par la modernité, le vignoble gersois — principal fournisseur d’Armagnac, mais aussi de vins de table — bascule dans la mécanisation et la chimie de synthèse :
- Diffusion rapide des engrais minéraux et des désherbants à partir des années 1960 ;
- Plan collectif de remembrement, déstructurant les haies et le bocage traditionnel ;
- Explosion de la production de vins blancs dits “techniques” (notamment avec la création de l’IGP Côtes de Gascogne en 1974).
Ce bouleversement s’accompagne d’un affaiblissement de la biodiversité, d’une perte de la mémoire paysanne, et de crises sanitaires (érosion, maladies fongiques). À la fin des années 1990, le Gers compte moins de 3% de surface viticole conduite en biologique (
source : Agence Bio).
Pour autant, le mouvement autour des pratiques naturelles – agriculture bio, biodynamie, méthodes traditionnelles – prend racine dès la fin des années 1980, impulsé par quelques convaincus, souvent marginaux ou proches des mouvements coopératifs. La redécouverte des engrais verts, des pâturages temporaires et du cuivre en doses raisonnées vient d’abord de l’observation d’incidences sanitaires sur les sols : retour du mildiou, appauvrissement érosif, “vin figé” peu vivant dans le verre.
Un chiffre donne à penser : en 2023, désormais plus de 2 300 hectares de vignes bio certifiées, soit 15% du vignoble gersois (contre 1,5% au niveau national en 1994 – source : FranceAgriMer, Observatoire du Bio). Mais derrière les labels se tisse une question plus large : dans quelle mesure ces méthodes renouent-elles vraiment avec la tradition locale, ou bien l’inventent-elles au présent ?