La naissance d’un cépage enraciné : une histoire du Gros Manseng
Il y a dans les collines légères du Gers un bruissement de feuilles qui ne ressemble à nul autre. C’est le pas secret du Gros Manseng, cépage de la grande famille des Mansengs qui hante depuis des siècles les rangs du Sud-Ouest. Si longtemps éclipsé par la lumière du Petit Manseng, son frère pyrénéen, le Gros Manseng a pourtant écrit sa propre histoire, de cosecha après grêle, de gelées inattendues en automnes dorés. Il est né ici, entre Adour et Garonne, de quelques sarments suffisant à donner à cette terre un accent sucré, un équilibre rare, une fraîcheur nerveuse qui tend l’arc du vin moelleux vers le fruit et la lumière.
Le Gers est sa terre : c’est là, entre Armagnac et Gascogne, que le Gros Manseng a trouvé, au fil du XXe siècle, le terroir de son expression la plus libre. En 2020, selon le FranceAgriMer, ce cépage couvrait près de 2 300 hectares dans le Sud-Ouest, majoritairement en Gascogne, bien devant le Petit Manseng (environ 360 ha). Cette domination n’est pas un effet de mode mais la conséquence heureuse d’une adéquation profonde entre la vigne, le climat et le savoir-faire local.