Rosés du Gers : la fraîcheur retrouvée des collines gasconnes

20/09/2025

Rosé gascon : une identité en mutation

Historiquement, le Gers portait la vigne pour le blanc sec, l’Armagnac, puis le rouge de bouche facile. Le rosé ? À la marge, souvent fruit d’une saignée de cuves rouges qui n’avait pas vocation à s’exprimer seule. Pourtant, un changement s’opère : dès 2010, plus de 12% des vins produits en Côtes de Gascogne sont des rosés ou gris (Source : Syndicat des Côtes de Gascogne). Ce chiffre, porté par la demande nationale mais aussi par la restauration régionale, croît chaque année, jusqu’à atteindre plus de 890 hectares plantés en cépages pour rosé sur le département en 2022 (source : FranceAgriMer).

Au-delà de la statistique, c’est l’approche qui a évolué : aujourd’hui, la recherche de buvabilité croise celle d’identité. Les rosés du Gers s’affinent : vieillissement sur lies, travail en presses fractionnées, vinification par gravité ou en amphore. Une poignée de domaines porte l’étendard : vignerons indépendants et caves coopératives, tous déterminés à sortir le rosé du « vin technique » pour en faire un vin de lieu.

Terroirs et cépages : la matière première du style gascon

Le Sables-Fauves et le rosé

Les Sables-Fauves, signature des terroirs de l’Armagnac-Ténarèze et de la Gascogne, dotent souvent les rosés d’une fraîcheur naturelle et de notes d’épices douces. À la charnière des Argilo-calcaires de la Lomagne, les arènes graveleuses de Vic-Fezensac, les nuances se jouent parfois à quelques dizaines de mètres. C’est sur ces différences que les vignerons du secteur bâtissent aujourd’hui leur singularité : le rosé gascon a mille nuances – de la pelure d’oignon à la framboise écrasée – selon le sol qui l’accueille.

Cépages d’hier et d’aujourd’hui

Impossible d’évoquer le rosé sans citer le Merlot et le Cabernet Franc, moteurs du renouveau. Mais le Tannat, plus rare, intrigue par sa capacité à offrir un squelette tannique sans dureté, tandis que le Pinenc (Fer Servadou) revient timidement sur certains rosés de caractère. Le Gros-Manseng et même le Colombard, atypiquement travaillés en rosé de pressurage direct, étonnent par leurs expressions florales et une tension saline. L’assemblage — si gascon — est roi : 85% des rosés du Gers sont issus de cuvées multi-cépages (Source : Observatoire Sud-Ouest Vin).

Panorama des domaines du Gers remarqués pour leurs rosés

Voici une sélection, pointue mais non exhaustive, des domaines viticoles gersois qui font aujourd’hui référence pour leurs vins rosés. Chaque cuvée emporte dans son sillage une empreinte de terroir, un geste humain, une histoire renouvelée chaque printemps.

  • Domaine de Pellehaut (Montréal-du-Gers) Vénérable maison familiale, Pellehaut s’illustre par son Harmonie de Gascogne Rosé, assemblage subtil de Merlot, Tannat, Cabernet, Pinot noir et Syrah. Vinifié presque comme un blanc, ce rosé frappe par sa palette de fruits rouges, sa texture satinée et sa finale désaltérante. Premier domaine exportateur de rosé du département (source : Guide Hachette 2023), il reste une valeur sûre pour cerner le style du Gers actuel.
  • Domaine de Chiroulet (Larroque-sur-l’Osse) Reconnu pour l’expression de ses terroirs de crêtes, Chiroulet propose un rosé de pressurage, floral et tendu, dont l’ossature évoque la framboise et la groseille, avec un fond minéral typique du domaine. L’assemblage dominant de Merlot et Tannat lui donne une franchise, presque une dimension “gasconne” dans la couleur et la bouche.
  • Domaine de Menard (Gondrin) Issu des sables du Bas-Armagnac, Menard exprime dans son rosé le travail méticuleux de la viticulture raisonnée : Cabernet Sauvignon, Merlot, une touche d’Ugni Blanc pour la vivacité. Sa technique de macération courte offre un nez épicé, une bouche généreuse qui séduit les amateurs du sud-ouest.
  • Château Saint-Aubin (Réans) Domaine familial certifié HVE, leur rosé — Grenache et Syrah — fait penser à une gourmandise de fruits rouges, avec une minéralité bienvenue. La cuvée Côte d’Heux rosé est régulièrement saluée dans les concours agricoles, notamment le Concours Général Agricole de Paris (2023, médaille d’or).
  • Domaine de Mirail (Bézéril) Ici, Bio et Biodynamie s’expriment depuis 2018. Le rosé, issu de Cabernet et Tannat, flirte avec la fraise et la groseille, sur une trame droite, désaltérante, avec de subtiles notes d’herbes sèches. Lauréat Salons vins nature Sud-Ouest en 2022 (source : Sud-Ouest Gourmand).
  • Domaine de Tariquet (Eauze) Grand nom des Côtes de Gascogne, Tariquet, mondialement reconnu pour ses blancs, a réussi le virage du rosé premium (Premières Grives Rosé). Sa fraîcheur, issue d’un duo Syrah-Merlot, en fait le préféré des professionnels de la restauration selon une enquête InterGascogne 2023.
  • Cave Coopérative Plaimont (Saint-Mont) Plaimont, vaisseau amiral coopératif, développe plusieurs gammes rosées. Mention spéciale pour le Saint Mont Rosé, véritable reflet du Tannat, du Pinenc et du Cabernet, souvent distingué pour son rapport qualité-prix (Décanter World Rosé Awards 2022).

Au cœur des cuves : quelles techniques pour un rosé du Gers singulier ?

L’identité rosée du Gers tient d’abord à la précision des gestes. Ces dernières années, l’attention portée à chaque étape — vendange nocturne, sélection parcellaire, utilisation du froid, pressurage direct, stabulation courte sur bourbes fines — constitue la différence. Une grande partie des rosés profitent aussi de levures indigènes, ou de fermentation à basse température pour préserver le croquant du fruit.

Trois techniques-clés se dégagent :

  • Pressurage direct : typique des rosés “moderne”, il permet d’obtenir une robe pâle, une fraîcheur nette et un profil aromatique floral / agrume. Exemple : Pellehaut, Chiroulet.
  • Saignée : pour des rosés structurés, de couleur plus soutenue, aux notes de fruits rouges mûrs. Plus rare mais apprécié par certains vignerons pour accompagner la gastronomie (notamment cuisine gasconne!). Exemple : Plaimont.
  • Elevage sur lies : tendance montante, qui apporte un gras subtil, une bouche plus ample, sans sacrifier la tension. Tariquet explore cette voie sur certaines cuvées éphémères.

Certaines maisons (Saint-Aubin, Menard) expérimentent même les amphores ou les œufs béton pour leurs cuvées spéciales, cherchant un toucher de bouche unique.

À table : accords et mystères du rosé gascon

Le rosé du Gers n’est pas qu’une histoire d’apéritif facile. Par ses acidités mûres, ses notes herbacées et fruitées, il accompagne à merveille :

  • la fameuse salade gasconne (gésiers, magrets séchés, croûtons)
  • un tataki de canard ou un carpaccio de truite des Pyrénées
  • une tomme de brebis des vallons
  • les fraises de Masseube, en dessert ou à la croque-sel

Certains rosés, plus charpentés, soutiendront même un confit ou une garbure l’été, en jouant la carte de la fraîcheur face à la richesse du plat.

L’engagement et la relève : vers de nouveaux visages

Il serait injuste d’oublier la jeune génération de vigneronnes et vignerons qui, par leurs micro-cuvées, réinventent la notion même de rosé en Gascogne. Le Collectif Vignoble Réuni (Vic-Fezensac, Estang), ou les nouvelles gammes “Tendance Rosé” chez Plaimont et Tariquet, dynamisent l’image du vin rosé. Le nombre de cuvées certifiées Bio ou HVE double sur le département entre 2016 et 2022 (source : Agence Bio, 2023).

Plusieurs domaines, comme les frères Duffau à Castex-d’Armagnac, ou Estella Gascogne à Courrensan, osent même l’expérience du rosé de macération longue, plus proche d’un vin orange, pour séduire un public averti.

Déguster le Gers autrement

Derrière chaque rosé, il y a un paysage, un matin brumeux, une main tachée de jus de vendange. Les meilleurs rosés du Gers sont ceux qui disent leur territoire, sans en être prisonniers, ceux qui font place à la fraîcheur, à la franchise, à la fugacité joyeuse de l’été.

À ceux qui pensent que tous les rosés se ressemblent, le Gers propose bien d’autres nuances, du “vin de plaisir” à la cuvée méditative. Il appartient à chaque amateur de parcourir ce paysage de saveurs, de tendre l’oreille et le palais aux domaines qui, aujourd’hui, tracent la voie d’une identité rosée singulière, fière de ses racines et rivée vers l’avenir.

Sources : Syndicat des Côtes de Gascogne, FranceAgriMer, Plaimont, Guide Hachette, Decanter, Sud-Ouest Gourmand, InterGascogne, Agence Bio, Concours Général Agricole.

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