Un vin moelleux du Gers : son expression, son horizon
Il y a, dans le verre de moelleux gascon, la lumière fanée d’un automne sur les collines, la caresse d’un fruit mûr rattrapé par la brume. Si l’on feuillette les statistiques d’Agrimer, près de 6000 hectares de vigne sont consacrés exclusivement à la production de moelleux dans le grand Sud-Ouest, dont une part significative en Côtes de Gascogne (FranceAgriMer, “Le marché des vins doux et moelleux”, rapport 2022).
Le moelleux du Gers doit d’abord son identité à l’assemblage subtil, patiemment ajusté entre colombard, gros manseng et petits grains de sauvignon. Courbé sous l’attaque du Botrytis cinerea ou caressé de vendanges surmûries, ce vin balance dans le verre entre sucrosité tendre, nervosité acidulée et volutes de fruits exotiques, de miel, ou de coing.
Mais loin du dessert sucré, son terrain de jeu préféré, le moelleux du Gers réclame de nouveaux horizons. Sur la table, il cherche encore trop souvent sa place, entre les classiques éducations au Sauternes ou Jurançon moelleux, et d’autres usages, plus confidentiels. C’est toute la beauté du jeu : transformer ce vin généreux en complice du quotidien ou du festin.